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VIVRE AUTREMENT VOS LOISIRS avec Clodelle

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Rencontrez les artistes, les créateurs, les intervenants, les organisateurs... Et sortez vite de la morosité !


La fameuse rumeur d’Orléans, la plus célèbre de France, a 50 ans. Conférence au CERCIL le 11 juin 2019

Publié par clodelle45 sur 8 Juin 2019, 21:30pm

Catégories : #GRATUIT OU TARIF REDUIT, #LOISIRS EN REGION CENTRE, #Culture avec Gaëtan Lemasne

Mardi prochain 11 juin 2019 à 18h, le Cercil-Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv propose  une conférence témoignage intitulée "La rumeur d’Orléans: un délire antisémite"

Avec Henri Licht, Éliane Klein (témoins), Pierre Allorant (professeur de Droit, doyen de la faculté de Droit d'Orléans) et Pascal Froissart (enseignant chercheur en Communication à l'université Paris VIII). Modération: Anthony Gautier, journaliste en résidence au Cercil-Musée Mémorial des enfants du Vel d'Hiv.

 

➢➢ Informations et réservations au 02 38 42 03 91.  En savoir plus… 

Comment mieux comprendre aujourd’hui les ressorts politiques et sociologiques de cette rumeur qui n’a pas pourtant bénéficié du relais de la presse pour se répandre ?
A l’heure où les réseaux font naître chaque jour de nouvelles rumeurs, quels sont les sujets qui demeurent les plus instrumentalisés, à quels fins, et existe-t-il des pare-feu pour en prévenir la viralité »

En savoir plus…

 

Les questions qui précèdent seront abordées lors de cette conférence témoignage exceptionnelle…. en prévision de laquelle Gaëtan Lemasne a fait pour nous quelques recherches à découvrir dans la suite de cet article.

 

Au printemps 1969, la rumeur d’Orléans s’emparait des rues commerçantes de la cité johannique et faisait son chemin dans l’esprit des habitants de la ville : des jeunes femmes étaient droguées et kidnappées dans des cabines d’essayage de magasins de confection et de lingerie féminines tenus par des Juifs puis servaient à alimenter des réseaux de prostitution.

 

 

Fin mai 1969, Orléans, ville si représentative de la France d’alors par la diversité sociale de ses 96000 habitants, se prépare, comme le reste de l’hexagone, aux élections présidentielles qui mèneront Georges POMPIDOU à l’Élysée.

 

Mais depuis quelques jours, un bruit circule : une, puis deux jeunes filles auraient mystérieusement disparu dans les cabines d’essayage d’un magasin de confection de la rue Royale. La légende enfle entre le 23 et le 13 mai et se nourrit de détails plus précis : chloroformées dans l’arrière-boutique, les jeunes femmes auraient été ligotées puis enlevées via des trappes cachées sous les cabines d’essayage.

Elles auraient été conduites à travers un réseau souterrain datant au moins du temps de ʺJeanne d’Arcʺ qui rejoint la Loire puis embarquées la nuit dans un sous-marin qui aurait gagné le large, vers l’Amérique du Sud ou une lointaine "Arabie" et quelques obscures maisons closes. Puis chez un chausseur de la rue Thiers, un somnifère serait même inoculé aux clientes grâce à une aiguille fichée dans le talon des souliers !!!

 

 

Les bruits s’amplifient chaque jour. Le nombre de victime augmente. Dans les commerces de prêt à porter situés au cœur de la cité, c’est maintenant soixante adolescentes se volatilisent ! Les familles s’affolent. Le samedi 31 mai, jour du grand marché hebdomadaire du centre-ville qui attire de nombreux habitants des communes avoisinantes, un climat pesant traverse Orléans. Des groupes menaçants se réunissent devant les boutiques juives, les commerçants sont montrés du doigt voire insultés.

 

Pendant ce temps, face au silence de la presse, de la Préfecture et de la Police, la  fable de cette prétendue "traite des blanches" s’envenime : preuve était faite que les juifs auraient acheté le silence des pouvoirs publics et des médias ! Il aura donc fallu à peine quinze jours pour fabriquer un mythe, effacer raison, culture et sagesse, réinventer le racisme et céder au délire.

 

Le 8 juin, à l’initiative de l’écrivain Louis GUILLOUX, une conférence réunit 300 personnes à la Maison de la Culture d’Orléans (actuel théâtre) et donne naissance à un ʺComité de lutte contre la diffamationʺ. Il faudra attendre des semaines pour que les bruits se dissipent, que les jeunes filles reviennent dans les magasins, le plus souvent accompagnées...

C’est le fantôme du juif qui fixe l’angoisse.

Edgar MORIN

 

Le sociologue Edgar MORIN a 48 ans lorsqu'il se penche sur la rumeur qui enflamme Orléans.

Début juillet, après avoir obtenu une subvention du Fonds social juif unifié, une équipe de cinq chercheurs en sociologie conduite par Edgar MORIN, chercheur au CNRS, débarquent à Orléans pour y effectuer une enquête de terrain. Ils arpentent  la ville pendant trois jours et trois nuits. Ils conduisent de nombreux entretiens avec des Orléanais.

 

 

 

Sous le titre la ʺRumeur d’Orléansʺ  le résultat de cette étude  donnera lieu à un classique de la sociologie qui figure désormais dans de nombreuses bibliothèques.  Cet ouvrage – à découvrir ici -  a été publié au Seuil, dans collection ʺL’Histoire immédiateʺ en novembre 1969. 


 

L’irruption de cette rumeur dans une ville tranquille me paraissait révélatrice des transformations profondes que subissait la société française à l’époque.
Quelques années auparavant je m’étais penché, avec mon équipe, sur les mutations d’un petit village breton, Plozévet.

J’y avais passé de longs mois, en 1965, à essayer de comprendre comment la modernité s’insinuait dans les structures mentales et sociales. En 1968, je m’étais passionné pour les événements de mai.

Là, nous nous trouvions face à quelque chose de tout aussi captivant: la résurgence dans cette cité moderne de récits empruntés au Moyen-Age.

Edgar MORIN

 

  Selon Edgar MORIN, l’affaire d'Orléans présente une spécificité:

Une chose qui n’était pas dite ouvertement, mais qui transparaissait quand on étudiait cette rumeur, c’est que tous les commerçants visés étaient juifs.
Cette rumeur trahissait donc un antijudaïsme inconscient provenant en directe ligne de l’époque médiévale. Le personnage du juif jouait ici le rôle immémorial de bouc émissaire. Il catalysait l’angoisse du reste de la population.

 

Pour le sociologue, ce coup de folie est révélateur de l’inquiétude devant les bouleversements sociaux (modernité, émancipation de la jeunesse, libération sexuelle...) que vit la société française en 1969 et qui s’accélèrent après les événements de mai 68, dans toutes les villes de province :

Cette inquiétude me semblait liée à la peur du changement. Celui qu’incarnaient, à leur manière, ces jeunes filles qui allaient dans des magasins dans le vent pour acheter des mini-jupes, des pantalons ʺpattes defʺ ou des vêtements à la mode.
Ce délire antisémite du marchand juif enlevant des jeunes filles pour alimenter un réseau secret de prostitution révélait le malaise de certaines de ces femmes, tiraillées entre l’envie de jouer les affranchies et leurs vieilles inhibitions.
Leurs parents pouvaient, par ailleurs, utiliser cette rumeur en leur disant : vous voyez, on commence par la minijupe, mais on ne sait pas où ça peut conduire…

 

D’autres villes, des rumeurs similaires...

 

Suite à la publication de son livre, Edgar MORIN sera surpris de constater que d’autres rumeurs, souvent restées au stade de simples  "mini-rumeurs ", ont également secoué bien d’autres autres villes de province. Ainsi :

  • de 1959 à 1969 : Paris (une quinzaine de fois) , Toulouse, Tours, Limoges, Douai, Rouen, Lille, Valenciennes ;
  • en 1966 : Dinan et Laval ;
  • en 1968 : Le Mans ;
  • en 1969 : Poitiers, Châtellerault et Grenoble ;
  • en 1970 : Amiens ;
  • en 1971 : Strasbourg ;
  • en 1974 : Chalon-sur-Saône ;
  • en 1985 : Dijon et la Roche-sur-Yon ;

 

Orientations bibliographiques précisées par Gaëtan Lemasne:

  • Site Wikipédia et article de Frédérique JOSSE, ʺEt la rumeur noya Orléans".

 

 

CERCIL

45, rue du Bourdon-Blanc

45000 Orléans

02 38 42 03 91

cercil@cercil.eu

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